Le Conte d’Hiver

Lorsque l’on me pose la question : “Quelle est ton oeuvre préférée de Shakespeare ?” je réponds très rapidement: ‘Le Conte d’Hiver’. Pourquoi pas Romeo et Juliette, la tragédie des deux adolescents irresponsables ? Ou Hamlet, le prince de l’existentialisme et de la torture de la condition humaine? Depuis que j’ai analysé au lycée ‘Le Conte d’Hiver’ et ses thèmes – le Temps et le Pardon – ils restent toujours à mes côtés, et je trouve dans cette épopée une source de grand réconfort.

© Rebecca Greenfield 2016

La première fois que j’ai vu cette pièce de théâtre, c’était en 2017. Cette mise en scène, créée par Cheek by Jowl, l’équipe résidente au Barbican, a adopté un style autant minimaliste que brut. La scène, au début, est dans l’obscurité. La pièce s’ouvre sur un dialogue amical entre deux rois, Leontes et Polyxenes, chefs de royaumes différents, assis sur un banc gris. Ils se remémorent leur enfance, les jeux auxquels ils jouaient, et chérissent avec chaleur la fraternité qu’ils partagent jusqu’à maintenant. Mais une pause pendant cette conversation donne l’occasion à Leontes de retourner dans sa tête. Mot par mot, un doute se crée dans son esprit : le soupçon néfaste que sa femme, la reine Hermione, n’est pas enceinte de son propre enfant, mais attend en réalité celui de Polyxenes. Convaincu qu’elle l’a trompé avec son meilleur ami, Leontes se fait piéger par sa propre rage.

La dégoût qu’il ressent se manifeste pendant son monologue quand les personnages d’Hermione et de Polyxenes commencent à s’embrasser devant nous. Sa jalousie est sans limite et le public, témoin de son imagination, est tout prêt de quitter la salle. Leontes condamne sa femme devant toute sa cour. Il est toujours campé sur ses positions, même quand il fait face à l’Oracle dans le Temple. Finalement, il a tort. Le résultat? Sa femme est morte et leur fils la suit peu après, tué par le choc. Il a exilé Perdita – la fille de sa femme. Le pauvre roi se retrouve sans aucune famille et va souffrir seul durant un hiver qui durera seize années.

Shakespeare fait de Leontes un esclave du Temps. Il met l’accent sur le long processus de guérison et le fait qu’il est nécessaire de le vivre. C’est seulement en montrant un remords sincère envers notre ‘crime’ que l’on mériterai le Pardon de l’Autre. Leontes reconnaît ses fautes. Le point culminant de l’histoire est le moment où Paulina, la dame d’honneur, lui révèle la statue de Hermione. Le spectacle a bien capturé la profondeur de cette rencontre. Des bougies allumées entouraient le roi, émerveillé par la beauté de cette sculpture. Il dit: “Dans la fixture de son oeil se voit du mouvement, comme l’art nous trompe bien.”  Personne ne respire. Très doucement, Hermione se dégèle, tournant sa tête vers lui. Elle descend de son socle de marbre et prend les mains de son mari dans les siennes. Il est pardonné et toute la famille se réunit sous les rayons du printemps en Bohême.

le 28 mars 2019